Soirée Hommage du vendredi 29 mars 2019

1 – Les plus anciens collègues d’Anne :
Le Dr Grete LEUTZ, d’Uberlingen (Allemagne) et le Dr Pierre FONTAINE
de Louvain (Belgique), ne pouvant être personnellement présents, ont
envoyé chacun une lettre.
Celle du Dr Grete Leutz est recueillie par Hans Fahrner, son neveu,
psychodramatiste et trésorier de l’Ecole Française de Psychodrame. Celle
de Pierre Fontaine est recueillie et lue par Marie Madeleine Nyssens,
psychodramatiste, secrétaire de l’EFP.
2 – Hélène SCHUTZENBERGER, la fille unique d’Anne, présente un
diaporama sur la vie personnelle d’Anne, et les grandes étapes de sa vie
professionnelle.
Saradha COVINDASSAMY, amie de Lycée d’Hélène, devenue également
amie d’Anne, a confectionné un kakemono avec les couvertures de ses
principaux livres. Elle nous parle de ces années proches d’Anne.
3 – On joue : L’ECOLE FRANCAISE DE PSYCHODRAME, créée par Anne
et Armelle Thomas-Benesse en 1989, puis réactivée avec Colette
Esmenjaud en 2007, continue :
– Les « livres jouent » : « Aïe mes Aïeux », avec Florence DEBORD,
« Vouloir Guérir » avec Joëlle Osella, « La langue secrète du corps »
et « le plaisir de vivre »avec Virginie Girardin.
– Chanson, avec Chantal Neve Hanquet : « Il était une grande Dame »
Barbara Couvert partage des moments avec Anne
– Anne est un repère pour beaucoup : Le cairn, avec Michèle Bromet
Camou « Le caillou ose », Joëlle Osella « le rouleau de sopalin » et
d’autres
4 – Les ARCHIVES de TURIN. Anne a confié, en 2015, ses archives à
l’Association pour le Musée Moreno. Physiquement, ses archives sont à
Turin.
Maria Cristina Sidoni, Trésorière de l’Association, responsable de
l’archivage.
Marco Greco, Président de l’Association.
– Rosanna Cosentino, archiviste
Cristina Dini
– Passages du film de Rossellini de 1956, « Le Psychodrame » et du film
d’Elizabeth Adelsberg sur « Moreno à Vienne ».

5 – On joue : L’ECOLE INTERNATIONALE DE PSYCHOGENEALOGIE
AAS fondée au Congrès de Londres de l’IAGP en 2015
Léandra Perrotta
Manuela Maciel : jeu de chaise, où chacun peut venir s’adresser
directement à Anne

6 – FEPTO
Kate Bradshaw-Tauvon,TEP, Former IAGP President Eva Fahlström-
Borg, Psychodrama Trainer, IAGP Board Director, Lars Tauvon, TEP
Former IAGP Forum editornous envoient une lettre, parlant de la
journée en hommage à Anne Ancelin Schützenberger organisée ce
même jour à Stockholm.
Pirkko HURME, formée par Anne à Upssala (Suède) nous la lit, et nous
parle de son long parcours avec Anne

7 – Benoit Chantre, de la maison d’Edition DESCLEE DE BROWER
raconte la relation si particulière d’Anne avec la maison d’Edition qui a
édité « Aïe mes Aïeux ».

8 – René MARINEAU, psychologue et psychodramatiste, un ami d’Anne
depuis les années 70 écrit une longue lettre, qui sera lue par Hélène
Schützenberger et Pierre Bojarski, son fils aîné, avec émotion.


Grete LEUTZ

Grete LEUTZ est Docteur en Médecine, Psychothérapeute,
Psychodramatiste. Elle est la fondatrice de l’Institut Moreno en Allemagne.
Elle connait Anne depuis 1952. Elles se sont connues autour du
psychodrame à Beacon.
Elles ont été, toutes deux, actrices essentielles de la promotion et de la
diffusion du psychodrame en Europe.
Elles ont été, avec d’autres, à l’origine de la fondation de FEPTO,
association des instituts de formation de psychodrame d’Europe.

Voilà les mots de Grete Leutz :

« Aujourd’hui, le 29 mars 2019, lors du 100ème anniversaire de
naissance de Anne Ancelin Schützenberger, des psychodramatistes,
hommes et femmes, tout autour du monde, qui ont eu la chance, de la
connaître plus intimement, pensent à elle avec gratitude pour la
rencontre, et avec reconnaissance pour les expériences partagées.
Ainsi en va-t-il de moi-même.
Chère Anne, bien que tu aies dû quitter notre monde l’année dernière, tu
es là, pour chacun de nous en particulier, dans ses souvenirs avec toi.
Lors de nos rencontres – qui eurent souvent lieu lors de congrès –
(inoubliable le Premier Congrès International de Psychodrame, organisé
par toi de façon formidable à Paris en 1964) – Moreno était toujours
présent, dans la réalité ou indirectement avec son œuvre et la mission,
que nous avons – chacune à sa façon –acceptée et menée à bien.
Ainsi, n’est-t-il pas étonnant que nous soyons entrées comme « les filles
européennes de Moreno » dans la littérature psychodramatique.
Mais, nous nous sommes aussi rencontrées par hasard sans consultation
aucune : Une fois, de nuit, à l’aéroport de Madrid, sur le chemin vers le
congrès de Buenos Aires en 1986, organisé par Monica Zuretti et Malcolm
Pines ; une autre fois, en plein après-midi, chez l’éditeur Springer à New
York, sans avoir seulement soupçonné de séjourner dans la même ville en
même temps.
Inoubliables me sont nos conversations professionnelles dans ton
appartement, entourées de ta documentation Moreno, où, pour parler
avec une métaphore : « Nous nous sentons comme 2 poissons dans l’eau,
dans cette eau psychodramatique tellement bien adaptée à nous»…. Le
sujet qui nous préoccupait alors, souvent de concert, était : les
correspondances et les différences entre psychodrame et psychanalyse,
dont nous souhaitions toutes deux une présentation équitable au grand
public, ainsi qu’une sensibilisation à ce sujet de nos élèves.

Mes réflexions concernant cette question, que j’ai publiées voilà un an et
demi dans un manuel psychiatrique, je ne pourrai plus les discuter avec
toi. Cet article continue notre conversation qui dure depuis 1952.

Le 25.mars 2019
Überlingen Allemagne
Dr. Grete Leutz


Pierre FONTAINE

Pierre FONTAINE est Docteur en Médecine, Pédo-Psychiatre,
Psychothérapeute, Psychodramatiste, en Belgique.
Il nous écrit …
Je suis Pierre Fontaine et un des plus vieux élèves d’Anne. J’ai 95 ans,
mais je n’ai pas la vigueur de Anne et je suis au regret de ne pouvoir vous
rejoindre ce soir.
Je suis une vieille branche de l’arbre généalogique professionnel de Anne
qu’on avait dessiné une fois à Nice. Sur cet arbre j’ai été greffé en 1958
Je voudrais vous raconter comment j’ai connu Anne, comment elle m’a
profondément marqué personnellement et professionnellement, vous dire
un peu ce que j’ai reçu d’elle et ce que cela m’a permis d’être et de
donner.
Après la guerre et la résistance, j’ai fait des études de Médecine à
l’Université de Louvain. Au cours de ces études, je fus attiré par la
psychologie et j’ai suivi 5 ans aussi les cours à la Fac de Psychologie.
A la fin de mes études en 1951, je voulais m’occuper de problèmes
psychiques d’enfants. J’ai choisi de faire d’abord la Pédiatrie et ai eu une
place d’assistant à Strasbourg. Je m’y suis plu, et j’ai aimé l’Alsace et sa
liaison entre cultures.
Je suis ensuite allé aux Pays Bas faire de la Psychiatrie de l’Enfant à
Utrecht ou j’ai appris la thérapie de jeu individuelle et de groupe. Puis à
Leiden, soigner des jeunes enfants avec des problèmes médico-psychiques
et sociaux.
En 1957, je suis rentré en Belgique, et je me suis établi à Louvain, avec
une consultation privée en Psychiatrie de l’Enfant, du travail en clinique et
en institution, et un enseignement à des travailleurs sociaux, éducateurs
etc.
Mais j’étais surtout intéressé par le travail avec des problèmes ordinaires
d’enfants ordinaires.
Déjà avant mon retour en Belgique, j’étais en contact avec l’EPE, l’Ecole
des Parents et des Educateurs de Belgique, créée sur le modèle de celle
de Paris. Une des principales activités de l’EPE était d’organiser des
conférences pour les parents, dans les écoles. Elle avait une assez grande
liste de conférenciers et de leurs sujets et la mettait à la disposition des
écoles. Nous cherchions à améliorer cette liste avec des orateurs et des
sujets nouveaux qu’on essayait d’abord entre nous.
A l’EPE on constatât que certains orateurs mettaient progressivement plus
l’accent sur les discussions entre parents après un exposé introduisant un
sujet. A l’EPE de Paris, ils supprimaient même l’exposé et l’EPE ainsi que
les parents trouvaient qu’ils apprenaient pratiquement plus les uns des
autres que d’un brillant exposé d’expert.
Paris se mit alors à organiser des formations pour animer de tels groupes
et j’exprimai le désir d’y participer.
J’ai participé à Sèvres à un séminaire de l’Ecole des Parents (EPE) pour la
formation à la conduite de petits groupes. Il était mené par Mme
Schützenberger.
Je n’y ai pas tant entendu expliquer comment il faut faire ou seulement vu
faire. Mais j’ai été engagé personnellement dans le vécu de ces groupes,
accompagnés de psychodrame. J’avais déjà vu du psychodrame en 1952 à
Strasbourg au service de psycho-clinique de madame Favez Boutonier à la
Fac de Psychologie où j’avais pu voir le Dr Lanter faire du psychodrame
avec des enfants. Oui, j’avais « vu » mais à Sèvres, je l’ai « vécu » durant 2‐3
jours. Nous étions nos propres cobayes, avons joué, essayé, vécu la
participation à ces petits groupes et au psychodrame.
J’en ai été très "enthousiaste" dans le sens étymologique, possédé par un
esprit sacré.
Ça ouvrait des horizons, donnait envie de faire des choses. Vers la fin de
la semaine, j’ai demandé à Mme Schützenberger si elle pouvait aussi faire
des T‐groups pareils en Belgique. Elle me dit ‘oui’ et nous en avons parlé.
Elle me proposa des conditions très acceptables. A Bruxelles, l’EPE (Ecole
des Parents) accepta et organisa, en avril 1959 le groupe de formation
avec Mme Schützenberger. C’était bien et on en redemandait et cela
devint un succès. Postulaient pour y participer : des responsables d’écoles
sociales, des moniteurs de nouvelles écoles pour éducateurs, des
médecins d’institution, même des professeurs d’université voulaient
savoir.
On recevait aussi des critiques : « vous organisez des sessions avec
psychodrame, c’est une thérapie, cela attire des professionnels avec difficultés personnelles, mais vous êtes un organisme éducatif et
préventif». Nous avons ainsi été amenés à demander à tous les candidats
un entretien clinique préalable. Ce qui nous a aussi aidés ‐ avec les avis de
Mme Schützenberger ‐ pour sélectionner et composer de bons groupes,
avec équilibre des genres et des âges, et sans relations hiérarchiques. Les
personnes en psychothérapie devaient en avoir parlé à leur thérapeute, et
avoir son accord.
Comme organisateur pour l’EPE, j’ai ainsi assisté et participé durant les 3
premières années à plus de 30 week‐ends. J’avais une collaboratrice –
Annie Mattheeuws – pour l’EPE qui se formait ainsi aussi pour des groupes
néerlandophones et un ou deux observateurs qui après avoir participé au
T‐groups se formaient à son animation.
Anne Schützenberger venait toujours avec un co‐équipier, Solange
Gounod qui jouait le rôle d’égo‐auxiliaire professionnel : doublait et jouait
le rôle d’antagoniste. Après la séance, Anne et Solange se retiraient pour
discuter de la séance et nous pouvions les accompagner et poser nos
questions et donner nos remarques sur la séance. Par la suite, Solange ne
vint plus et Anne était accompagnée de personnes de l’étranger venant se
former à Paris. Comme Ada Abraham de Jérusalem qui s’occupait
d’enseignants et dessins d’enfants et comme Pierre Veil, professeur de
psychologie sociale à Belo Horizonte (Brésil), cherchant à relier les
conceptions opposées dans une synthèse holistique. Plus tard, il sera
honoré par l’Unesco pour son enseignement de Paix.
Il y avait beaucoup de candidats pour participer au T‐groups de Anne.
Parmi eux, il y avait des psychologues qui désiraient se former et
pratiquer dans ce domaine. Pour eux, on organisa des groupes bis,
réservés à ceux qui avaient déjà une ou deux fois participé à des
week‐ends T‐groups de Anne. Ils se retrouvaient aussi à des soirées
d’échange et essais qui seront le départ de notre groupe de formation « La
Verveine » Je me suis mis à essayer le Psychodrame avec des enfants paralysés cérébraux, souvent avec des difficultés de parole. Les entrevues avec jeu
psychodramatiques non seulement fonctionnaient, mais étaient, je crois,
plus vrais et on comprenait et respectait plus les enfants.
Avec d’autres amis, nous organisions des T-groups dans des écoles
sociales. D’abord avec le personnel, puis avec les élèves.
En 1963, nous sommes allés à 4 belges en auto au congrès de
psychothérapie de groupe à Milan. On a eu une journée supplémentaire
sur le psychodrame avec les Moreno, Anne, Leon Fine et autres. J’y ai joué
ma surcharge de travail. Anne y a été chargée d’organiser un congrès sur
le psychodrame en France. Anne a organisé son congrès à la faculté de
Médecine. Ce fut un succès. Plus de 1000 participants dont beaucoup de
belges.
Si 4 belges – en revenant de Milan – avaient fondé le groupe belge de
Socio-dynamique, après le Congrès de Paris, une bonne vingtaine se
réunissaient tous les mois à Louvain chez un Professeur et buvaient une
tisane de Verveine. Entre nous, nous parlions du groupe de la Verveine.
Anne le mentionna dans un de ses livres comme « groupe de la Verveine »
Nous nous sommes dit, "pourquoi pas ?" et le nom fut enregistré ainsi dans l’acte officiel de fondation de La Verveine.
Au congrès, à Paris, nous avions rencontré certains psychodramatistes
invités par Anne et vu parfois leur travail. Nous avions ainsi bien apprécié
Dean et Doreen Elefthery de Miami. Nous allions les revoir, 2 ans plus
tard, au 2 eme congrès de Psychodrame à Barcelone. Nous fûmes conquis
par leur jeu, et par le travail de double de Doreen. Nous étions
accompagnés de quelques Hollandais avec qui nous avions travaillé à
Leiden. Nous avons invité les Elefthery à venir en Belgique et Hollande et
ils acceptèrent très volontiers. Ils venaient 3 fois par an pour des sessions
d’une semaine, des conférences et un peu de tourisme. Anne s’inscrivit
dans le premier groupe. Nous avons trouvé très sympathique qu’elle ne prît pas ombrage de notre intérêt pour d’autres formateurs, mais se mit
avec nous, ses anciens élèves, et reconnut l’intérêt de nos initiatives.


Saradah COVINDASSAMY

Saradah COVINDASSAMY est une amie de Lycée d’Hélène
Schutzenberger
Amie d’Hélène depuis les bancs du lycée Fénelon, j’ai eu la chance de
rencontrer Anne pour la première fois en 1968. A l’époque, cette
rencontre a été très forte en raison du charisme d’Anne, de son
dynamisme et de son activité débordante qui nous laissait faire nos
travaux de groupe de prépa jusqu’à point d’;heure dans la chambre
d’Hélène et, certains jours, préparer notre dîner, dans la cuisine.
Un premier lien de confiance s’est créé quand nous avons eu son accord
pour qu'Hélène parte avec moi pendant les 2 mois de vacances d’été en
1970 en Inde !

Ensuite, au fil des années d’autres liens se sont tissés à l’occasion des
quels j’ai pu percevoir ses qualités d’écoute envers chacun, son immense
générosité et son énergie inépuisable au travail. Ces traits de personnalité
ne se sont jamais démentis au cours des décennies pendant lesquelles
nous nous sommes assez régulièrement vues, dans diverses circonstances
comme la correction d’épreuves autour du guéridon du salon, un
déménagement/réaménagement du couloir, une réunion d’anniversaire en
famille. Sans oublier les bien agréables séjours à Argentière – village
typique du haut de Chamonix – qu’elle aimait tant et qui, en hiver,
pendant que les enfants ou petits enfants skiaient, ou en été quand ils
étaient en balade, nous emmenaient chez les voisins pour « tea-time » et
parler de musique, au marché de Chamonix pour quelques courses,….
mais aussi à la terrasse du café de Lognan pour des bains de soleil
devant le magnifique paysage des sommets enneigés. D'autres moments
étaient consacrés à des échanges à propos du passé, de la famille, des
enfants….sujets sur lesquels nous n’étions pas toujours en harmonie !
Comme c’était aussi le cas pour la cuisine !!

Les années passant, j’ai aussi pu me rendre compte de son immense
travail d’écrivaine ainsi que de sa renommée internationale qui, me semble-il, n’ont jamais rien changé à ses profondes qualités de cœur.
Saradha


Marco GRECO

Marco GRECO est Psychologue Clinicien, Psychodramatiste à Turin. Il est
Président de l’Association du Musée Moreno.

Bonsoir à vous tous.
Tout d’abord, merci Hélène et à vous, mes amis : je suis honoré et
heureux de pouvoir partager l’affection à Anne Ancelin Schützenberger qui
nous unit de plusieurs manières.
Je souhaite parler en tant que président de l’Association du Musée
Moreno, à qui Anne a confié ses archives et sa bibliothèque afin de les
réorganiser et de les partager avec les personnes intéressées par ses
études.
À cet égard, j’aimerais partager un souvenir : nous étions à la réunion
BPA-IAGP à Londres en 2014 et Anne m’avait une nouvelle fois
impressionné par sa manière compétente de diriger son atelier.
Nous avons parlé de l’Association du Musées Moreno, que j’ai fondée en
Autriche en 2014 avec Zerka, Jonathan et Regina Moreno, Grete Leutz,
Monica Zuretti, Michael Wieser et d’autres collègues. Nous avons parlé de
son envergure internationale et de ses deux âmes, ses deux objectifs :
1) Créer un musée dans la maison de Jacob Levi Moreno à Bad Voeslau,
près de Vienne; et
2) Rassembler et diffuser l’héritage morénien, notamment en réordonnant
les archives des plus grands spécialistes du psychodrame et de la
sociométrie. Anne appréciait cette double orientation, mais exprimait son
aversion à imaginer que ses archives soient conservées dans un pays de
langue allemande. Elle souhaitait les conserver à Rome,«la Cité
Eternelle». J’ai répondu que notre association n’avait pas sa place à
Rome, mais que peut être, à Turin, la ville où je vis ?. Elle sembla y
penser un instant, en silence, puis, avec le sourire de quelqu’un qui avait
pris la bonne décision, elle dit : Oui, très bien : Turin!
Nous avons ensuite discuté de la marche à suivre avec Hélène et René
Marineau, amis communs et consultants de notre association.
Au cours des années suivantes, nous avons organisé de nombreuses
expéditions pour transporter le matériel d’Anne de Paris à Turin, aidés par
Hélène qui remplissait boîte après boîte … environ 9 mètres cubes de
boîtes!
Nous avons catalogué les livres et les magazines grâce à la participation
volontaire de jeunes psychologues récemment diplômés: le résultat est
une liste de plus de 2300 titres. En ce qui concerne les archives, nous les
avons confié à une entreprise professionnelle d’archivistes que nous
avions appréciée par le passé. Ils ont travaillé avec une diligence
méticuleuse, examinant les papiers, boîte par boîte, et le premier
catalogage de base est presque terminé et consiste en une liste d’environ
300 pages d’un document Word.
Un travail énorme… auquel l’association a consacré ses ressources
financières, son temps et sa passion. Un travail précieux qui nous permet
de mieux connaître et apprécier Anne Ancelin Schützenberger, en tant

qu’érudite, psychodramatiste et femme du XXe siècle et au-delà… car des
traces évidentes de sa vie professionnelle, de sa brillante la personnalité
émergent de ses papiers.
Nous espérons sincèrement trouver d’autres ressources pour mener à bien
ce projet prochainement. Dans l’intervalle, nous sommes en contact avec
la bibliothèque publique de Turin car, lorsque l’inventaire archivistique
sera prêt, nous souhaitons mettre ces documents à la disposition des
étudiants et des universitaires, comme Anne et Hélène en ont convenu
avec nous. Et maintenant, pour en savoir plus sur les archives d’Anne, je
donne la parole à l’archiviste responsable de notre projet, Rosanna
Cosentino.


Leandra PERROTTA

Leandra PERROTTA est une psychologue-clinicienne Australo-italienne.
Psychothérapeute et Formatrice de Psychodrame, de danse-thérapie, et
de thérapie trans-générationnelle.
Elle est enseignante et superviseur à l’Ecole Internationale de Thérapie
Trans-générationnelle Anne Ancelin Schutzenberger. Ancienne présidente
de FEPTO.
Elle est Professeur contractuelle à l’Université du Val d’Aoste, et
Professeur à l’IPAP. Elle est diplômée de l’Institut de psychologie
analytique et de psychodrame Jungien en Italie.
Elle a publié plusieurs livres de psychogénéalogie et à écrit l’introduction
de l’édition italienne de « Psycho-généalogie, et la préface de l’édition
italienne de « Plaisir de Vivre »
Manuela MACIEL est Psychologue Clinicienne, Certifiée en
Psychothérapie, en Psychodrame et en Sociodrame. Elle est enseignante
et superviseur à l’Ecole Internationale de Thérapie Trans-générationnelle
Anne Ancelin Schutzenberger. Elle travaille au Portugal

Bonsoir et bonsoir à la famille, aux amis et aux collègues estimés d’Anne
Ancelin Schützenberger, grande dame de la psychogénéalogie et experte
raffinée de la nature humaine. Je m’appelle Leandra Perrotta et je suis
formatrice et superviseuse avec Manuela Maciel à l’Anne Ancelin
Schützenberger International School of Transgenerational Therapy fondée
en 2015 par Anne Ancelin.
J’ai rencontré Anne quand j’étais jeune étudiante en psychologie et j’ai été
absolument fascinée. Elle m’a demandé mon nom : ce que cela voulait
dire, qui me l’avait donné, et pourquoi. J’ai posé beaucoup de questions à
mes parents ce soir-là, mais Anne n’était pas satisfaite de mes réponses
et m’a renvoyée pour d’autres réponses. Je me souviens de ses paroles:
«Nomen Omen», notre destin est écrit dans le nom, et je me suis rendue
compte que je voulais apprendre à voir le monde et les autres humains à
travers son regard spécial.
Je me suis rendue au domicile d’Anne à Argentière, surplombant le Mont-
Blanc, pour entretenir le jardin transgénérationnel de ma famille et mettre
en lumière les fantômes de ma crypte. Nous avons enquêté ensemble et
elle m’a beaucoup appris. J’ai ensuite écrit mon mémoire de maîtrise et
mon doctorat sur la psychogénéalogie.
À la conférence de l’IAGP en 2009, Anne a demandé à Manuela Maciel et à
moi de présenter un panel sur la psychogénéalogie avec elle et elle m’a
demandé d’être traductrice dans son atelier. J’y ai expérimenté l’impact
profond de la création d’un espace de sécurité sur la psyché du
protagoniste. Plus d’une centaine de personnes étaient réunies dans la
salle pour voir Anne directement travailler et Anne ne voulait pas que des
personnes prennent des photos du psychodrame. Sa plus grande
préoccupation était toujours de protéger la protagoniste et elle l’a fait avec une intensité si féroce que la protagoniste s’est sentie remplie d’émotion et a déclaré qu’elle ne s’était jamais sentie aussi bien protégée
de sa vie. C’était magique.
Anne a exploré tout le spectre de l’alliance thérapeutique: elle était féroce
quand il s’agissait de protéger le protagoniste de l’invasion de son espace
de sécurité, mais elle savait aussi comment être pleinement en présence
du protagoniste, avec un regard positif inconditionnel. «Prends ton temps»
est devenu le mantra qui a ancré le protagoniste, lui permettant d’accéder
à ses souvenirs et à ses émotions les plus profondes.
En 2015, Anne Ancelin Schützenberger, Yaacov Naor, Manuela Maciel et
moi-même nous nous sommes rencontrés à Londres. Anne nous a
demandé de continuer son héritage et son approche psychogénéalogique
unique en psychothérapie. Elle a réalisé que ce domaine en plein essor
nécessitait un processus de formation pour permettre aux professionnels
d’acquérir une compréhension et des connaissances ciblées pour être plus
efficace dans le travail clinique portant sur les traumatismes
transgénérationnels, les legs positifs et leurs conséquences personnelles,
sociales et historiques. C’est ainsi qu’est née l’Anne Ancelin
Schützenberger International School of Transgenerational Therapy.
20 étudiants ont déjà obtenu leur diplôme de cette école et demain, la
nouvelle formation débutera ici à Paris avec 30 personnes originaires de
15 pays différents.
Je suis éternellement reconnaissante à mon maitre et grande dame de
Psychogénéalogie pour son héritage et pour avoir ouvert la voie aux
générations futures. Merci chère Anne.


Joëlle OSELLA

Joëlle OSELLA est Psychodramatiste est psychodramatiste de l’Ecole
Française de Psychodrame à Grenoble
Elle joue un livre d’Anne, « Vouloir guérir »
….Je suis le livre « Vouloir guérir »
Je suis né en 1985…et depuis on m’édite et on me ré édite
Je témoigne de 20 ans de travail d’Anne auprès des malades atteints du
cancer
Dans mes pages Anne fait le point sur la découverte de la psycho neuro
immunologie, ainsi que sur ses propres découvertes et observations
Elle se fonde aussi sur les recherches des américains Stéphanie et Carl
Simonton qu’elle a d’ailleurs fait connaitre en France. Il s’agit de soutenir
de façon complémentaire les traitements médicaux et d’augmenter la
qualité de vie en se centrant sur ce qui va.
Anne est certaine et elle l’a vérifié que guérir d’une maladie grave requiert
non seulement un accompagnement médical sérieux mais aussi le réveil
de l’élan vital, de l’envie de vivre qu’elle va inlassablement aider à surgir
Comment ? :
Par la relaxation, la visualisation positive, la compréhension des croyances
et loyautés familiales invisibles et l’attention portée au « syndrome
d’anniversaire ».
Puis, écrit-elle : « on dresse une liste des choses agréables à faire et
financièrement pas chères, de cette liste on en fera au minimum 4 par
jour. Cette liste est une prescription médicale »
La liste est longue …elle s’étale sur plusieurs de mes pages.
En voici quelques-unes de mes préférées :
Ecouter le chant des oiseaux
Voir grandir et fleurir une fleur
Prendre un petit déjeuner a la terrasse d’un café avec des croissants
chauds
Prendre une bonne douche
Reciter un poème, écouter un poème
ETC ….
Joëlle m’a apporté ici car elle m’a lu et relu Je l’ai aidée et à travers moi elle souhaite encore et encore remercier
Anne ce soir
Sur ma première page de son exemplaire on peut lire : « A Joëlle, en
souvenir d’une route difficile et qui ouvre l’avenir » Anne- Paris, 2 mai
2009.
Aujourd’hui je trône majestueusement en bonne place de la bibliothèque
du cabinet professionnel de Joëlle où elle reçoit et aide à son tour ses
patients.

Virginie GIRARDIN

Virginie GIRARDIN est psychodramatiste de l’Ecole Française de
Psychodrame à Niort.

Elle joue un livre d’Anne, « Ici et maintenant, vivons pleinement »

LA FORCE DE VIE QUI NOUS ANIME
Bien des gens ne font que survivre. Sans raison particulière, puisqu’ils n’ont
pas souffert de drame violent, de guerre, de génocide. Seulement, ils ont
oublié le plaisir et la joie de vivre pleinement, de profiter de chaque instant
de la vie et des petits plaisirs qu’elle nous offre – un rayon de soleil, des
fleurs qui poussent, la couleur des ailes d’un papillon qui volète, et même les
nuages, les « merveilleux nuages »… C’est dommage, et c’est pour eux
notamment que j’ai écrit ce livre. Chacun de nous a une force de vie. La
mienne, paraît-il, est puissante. Cette vitalité, cette énergie viendrait – si j’en
crois mon roman familial – d’une époque lointaine, autrefois, et d’un village
isolé de Russie où vivaient mes ancêtres. Les Huns s’y déversèrent. Toutes
les femmes du village furent violées. Depuis lors, certaines femmes dans ma
famille – mais pas les hommes – déploieraient une énergie aussi indomptable
que celle de Gengis Khan. Bien entendu, cette histoire est impossible à
vérifier. Comment trouver, garder et développer notre vitalité tout en
donnant le moins de prise possible aux émotions négatives, et ce, quels que
soient notre âge et notre bonne ou très mauvaise santé, tel est l’objet de ce
petit livre où alternent réflexions, aphorismes, poèmes, ritournelles et
proverbes. Je l’ai voulu ainsi pour refléter la vie, qui est prodigieusement
diverse, une sorte de capharnaüm où se côtoient le profond et le léger et où
– l’expérience le montre – une bonne citation est souvent plus « parlante »
qu’un long discours.
IDENDITE

J’ai toujours cru que je mourrai avant que mon passeport n’expire. Mais voilà
que je risque d’être centenaire ! Mon inquiétude grandit chaque jour – et ce
n’est pas une angoisse de « vieille personne » – car alors mon passeport aura
perdu sa validité et je serai sans papiers. Centenaire mais sans identité !
Pourquoi ? Parce que ma carte d’identité m’a été volée un jour, en Suède,
que le passeport est tout ce qui me reste et qu’il ne m’est pas possible de
fournir un acte de naissance. Tous mes papiers d’identité ont été brûlés dans
le centre de la France au moment où passait la division Das Reich. Les nazis
ont sorti de la maison ce qui leur convenait, puis ils l’ont incendiée. Quelques
jours plus tard, après le débarquement et le rappel des troupes nazies vers
la Normandie, nous sommes revenus dans la maison et avons trouvé les
murs fumants. Notre chat, assis en haut de l’escalier, m’attendait.
J’ai
encore aujourd’hui, à Paris, dans ma cuisine, la petite cuiller noircie par le
feu qui était restée accrochée à un mur.
Souvenir des temps difficiles
passés et de ma survie.
Car ma vie a tenu à peu de choses. Sans le
débarquement, les nazis ratissaient la montagne et me tuaient : il y avait
dans la maison des armes et des munitions pour le maquis.
Je n’ai pas de
château, je n’ai pas de bateau, je n’ai pas de vignoble. Je possède
essentiellement ce que j’ai dans ma tête, ce qui me permet d’écrire des
livres.
Me reste également des rengaines, des chansons, des dictions, des
aphorismes. Pas toujours les mêmes.
Tenez, tout de suite c’est :
« Il était
une dame tartine, dans un beau palais de beurre frais »
Et je n’ai pas la
moindre idée de la raison pour laquelle j’y pense maintenant. Mais je vais y
réfléchir !


Chantal Neve Hanquet et les autres….

Chantal est Psychologue et Psychodramatiste en Belgique.

Sur l’air d’une Dame tartine
Il était une grande dame
Dans le monde du psychodrame
Elle maniait l’Ici et Maintenant
En disant prenez votre temps
Venez sur la scène
Et puis montrez moi
Quelle est votre histoire
Quand je dis montrez votre peine
Bien sûr celle de votre mère
Aussi celle de votre grand-mère
Aussi celle de votre grand-père
Venez sur la scène
Et puis montrez moi
Jusqu’à la septième
L’histoire reprendra
Prenez le rôle de votre aïeul
Pleurez toutes les larmes de son deuil
Vous en sortirez allégé
Et demain sera transformé
Venez nous rejoindre
Et chantons pour Anne
Vive le psychodrame


Barbara COUVERT

Barbara COUVERT est psycho-généalogiste et gestalt-thérapeute à Cherbourg, auteur de
« Au cœur du secret de famille », paru chez Desclée de Brouwer
Chère Anne,
Je me souviens que vous détestiez l’astrologie,
Vous aviez une montre qui valait très très très très cher, des millions je
crois, et je la trouvais laide,
Vous étiez toujours en retard et cela vous étonnait quand nous vous le
faisions remarquer,
Vous aimiez les sacs plastiques, l’intelligence et le fromage blanc,
Je me souviens de votre attention et de vos rires,
de votre geste pour nous inviter à prendre notre rôle.
Maintenant je peux être une grand-mère, une théière, un gendarme, une
poêle à frire et même une psychothérapeute.
Quand j’ai quitté le groupe, vous m’avez offert une rose.
Je me souviens de la lumière de vos yeux et de votre sourire.
Chère Anne, je vous dois infiniment beaucoup et je vous embrasse.
A bientôt.
Barbara Couvert


Michèle BROMET CAMOU

Michèle BROMET CAMOU est psychologue et psychodramatiste à
Niort. Son dernier livre paru chez Tallandier est « Guérir de sa famille
par la psychogénéalogie »

Le cairn
En montagne, un CAIRN, c’est un tas de cailloux, une construction
de pierres. Les cairns servent à baliser un chemin, suffisamment
haut pour dépasser la neige, ils permettent de se repérer. La
tradition veut qu’en passant, on y ajoute sa pierre, pour que le
repère continue pour les voyageurs.
Anne fut comme un cairn, un repère, dans la vie et le parcours de
beaucoup.

Anne

Vous avez semé des cailloux et j’en ai pris un

Il s’appelle « ose » il est à la fois rond et pointu, lourd et léger.

Il guide mon chemin depuis notre rencontre

Tout ce que vous m’avez montré tient je crois dans ce petit « ose »
Ose
dire, ose montrer, ose crier, pleurer, couper, apprendre, te
développer
En un mot « ose vivre »

Anne, vous aimiez que vos élèves osent et grandissent.
Un mois, jour pour jour .après votre grand départ, paraissait mon
troisième livre « guérir de sa famille » Ceux qui connaissent bien « Aïe
mes Aïeux » me disent que c’est son enfant.
Je serais fière qu’il le soit,
comme je suis fière d’être l’une de vos « filles ». Alors, avant de vous
quitter et de vous retrouver encore par ce miracle de l’outil du
psychodrame, je reprendrai juste cette phrase de Sénèque qui rejoint
tellement votre posture
« Ce n’est pas parce que c’est difficile que je
n’ose pas, mais parce que je n’ose pas que c’est difficile ».
Merci Anne


Joëlle OSELLA

Joëlle OSELLA joue :
Je suis le rouleau de Sopalin d’Anne….
…..Et ce soir à travers mon hommage, tous les rouleaux de Sopalin,
compagnons durant tant d’années d’Anne, sont là.
Alors fermez les yeux et rappelez-vous …
Le groupe est là, la séance de travail va commencer …Tranquillement
installé au pied d’Anne, je suis prêt. Anne m’a choisi car elle me préfère,
et de loin, au kleenex : eux ils sont petits, fragiles, tout fins, ils sont dans
une boite, ils se déchirent au premier mouchage venu …. Moi je suis
costaud, rustique, mes feuilles sont larges j’accueille toutes les émotions à
bras ouverts, que dis- je, à feuilles ouvertes, généreusement
Une émotion survient, accompagnée de larmes, de sanglots, d’éruptions
et éructations … Anne a besoin de moi, je frémis, elle me prend, me
soulève et détache mes feuilles une à une …sans compter, autant que
nécessaire.
Anne encourage celle ou celui qui m’utilise timidement :« Soufflez fort »,
« Mouchez-vous comme une grande fille, ou un grand garçon ». Elle
vérifie toujours que la personne a bien vidé son nez, ses yeux, n’est plus
encombré(e) et a tout évacué. « Soufflez, soufflez encore ».
Elle m’a confié un jour, après une séance, que bien vider son corps de son
chagrin et ne pas le faire tout seul, aide à se sentir mieux …et nous
sommes là, Anne et moi, nous avons tout notre temps pour être bien sûr
que tout est sorti.
Moi, j’ai des feuilles à revendre, et je suis bien fourni. Je me sens très
utile. J’aime ce que je fais.
Et si vous croyez que mes feuilles sont tristes de se retrouver dans la
corbeille, … vous vous trompez : elles sont pleines d’un chargement très
précieux, l’expression de toutes ces émotions .
Ce soir, au nom de tous les rouleaux de sopalin, je vous le dis : nous
avons tant aimé cette grande dame qui nous a donné nos lettres de
noblesse et elle nous manque.


Marco GRECO

Marco GRECO est Psychologue Clinicien, Psychodramatiste à Turin. Il est
Président de l’Association du Musée Moreno.

Bonsoir à vous tous.
Tout dabord, merci Hélène et à vous, mes amis : je suis honoré et
heureux de pouvoir partager laffection à Anne Ancelin Schützenberger qui
nous unit de plusieurs manières.
Je souhaite parler en tant que président de lAssociation du Musée
Moreno, à qui Anne a confié ses archives et sa bibliothèque afin de les
réorganiser et de les partager avec les personnes intéressées par ses
études.
À cet égard, jaimerais partager un souvenir : nous étions à la réunion
BPA-IAGP à Londres en 2014 et Anne mavait une nouvelle fois
impressionné par sa manière compétente de diriger son atelier.
Nous avons parlé de lAssociation du Musées Moreno, que jai fondée en
Autriche en 2014 avec Zerka, Jonathan et Regina Moreno, Grete Leutz,
Monica Zuretti, Michael Wieser et dautres collègues. Nous avons parlé de
son envergure internationale et de ses deux âmes, ses deux objectifs :
1) Créer un musée dans la maison de Jacob Levi Moreno à Bad Voeslau,
près de Vienne; et
2) Rassembler et diffuser lhéritage morénien, notamment en réordonnant
les archives des plus grands spécialistes du psychodrame et de la
sociométrie. Anne appréciait cette double orientation, mais exprimait son
aversion à imaginer que ses archives soient conservées dans un pays de
langue allemande. Elle souhaitait les conserver à Rome,«la Cité
Eternelle». Jai répondu que notre association navait pas sa place à
Rome, mais que peut être, à Turin, la ville où je vis ?. Elle sembla y
penser un instant, en silence, puis, avec le sourire de quelquun qui avait
pris la bonne décision, elle dit : Oui, très bien : Turin!
Nous avons ensuite discuté de la marche à suivre avec Hélène et René
Marineau, amis communs et consultants de notre association.
Au cours des années suivantes, nous avons organisé de nombreuses
expéditions pour transporter le matériel dAnne de Paris à Turin, aidés par
Hélène qui remplissait boîte après boîte … environ 9 mètres cubes de
boîtes!
Nous avons catalogué les livres et les magazines grâce à la participation
volontaire de jeunes psychologues récemment diplômés: le résultat est
une liste de plus de 2300 titres. En ce qui concerne les archives, nous les
avons confié à une entreprise professionnelle d’archivistes que nous
avions appréciée par le passé. Ils ont travaillé avec une diligence
méticuleuse, examinant les papiers, boîte par boîte, et le premier
catalogage de base est presque terminé et consiste en une liste denviron
300 pages dun document Word.
Un travail énorme… auquel l’association a consacré ses ressources
financières, son temps et sa passion. Un travail précieux qui nous permet
de mieux connaître et apprécier Anne Ancelin Schützenberger, en tant

qu’érudite, psychodramatiste et femme du XXe siècle et au-delà… car des
traces évidentes de sa vie professionnelle, de sa brillante la personnalité
émergent de ses papiers.
Nous espérons sincèrement trouver dautres ressources pour mener à bien
ce projet prochainement. Dans lintervalle, nous sommes en contact avec
la bibliothèque publique de Turin car, lorsque linventaire archivistique
sera prêt, nous souhaitons mettre ces documents à la disposition des
étudiants et des universitaires, comme Anne et Hélène en ont convenu
avec nous. Et maintenant, pour en savoir plus sur les archives d’Anne, je
donne la parole à l’archiviste responsable de notre projet, Rosanna
Cosentino.


Rosanna COSENTINO

Depuis 2016, elle s’occupe de cataloguer les archives de Anne Ancelin
Schützenberger. Le projet sera terminé en 2019.
Diplômée de l’Université de Turin, en archives, paléographie et diplomatie,
Rosanna sest spécialisée dans les archives religieuses, les archives
personnelles, et les archives de santé. Elle est lauteur darticles scientifiques
sur les publications monographiques dans les magazines darchives.
Marco Greco et Maria Cristina Sidoni, de l’Association Moreno Museum, à
laquelle Anne a laissé ses archives m’ont confié ce travail. Les collègues
Corinna De Sole et Benedetta Gigli ont travaillé avec moi
Au cours de l’été 2017, j’ai également eu le plaisir de connaître
personnellement, Anne. En effet, invitée par Hélène, je suis allée la voir à
Argentière. Alors que j’essayais de lui dire tout le travail que nous faisions sur
ses archives, Anne me tenait la main et disait « Très bien ! » ou « Merci! ».
C’est un merveilleux souvenir.
Je voudrais dire quelques mots sur les archives, qui ont été transférées à Turin
en lots divers de 2015 à 2018 et proviennent d’endroits différents : Paris, Nice,
Argentière. Hélène Schützenberger, juste après le décès d’Anne, nous a
envoyé un texte intitulé “Les archives de ma mère, Anne Ancelin
Schützenberger, à Turin. Pourquoi? Comment?” dans lequel elle explique
très bien les raisons du choix de Turin et la méthode de travail dAnne, que lon
retrouve parfaitement dans ses papiers et qui nous introduisent dans le monde
dune femme charismatique, au caractère fort et tenace.
Les archives sont arrivées dans de grandes boîtes, où elles se trouvent jusqu’à
aujourd’hui, et consistent en environ 60 mètres linéaires de documentation
depuis les années 1930 à nos jours. Notre travail a commence en 2016.
Pour le moment, le catalogage de lensemble des archives est terminé et nous
avons environ 2400 fiches et environ 2700 photographies, ainsi que du
matériel bibliographique, audio et vidéo, des supports informatiques (clés USB,
Hard Disk, disquettes).
La collaboration avec Hélène Schützenberger a permis de développer la
structure archivistique en sections et en series, respectant au mieux les
caractéristiques des archives et l’histoire dAnne. Hélène nous a également
aidés à connaître et à reconnaître une multiplicité d’acteurs présents dans les
papiers d’Anne : membres de la famille, amis, collaborateurs, patients,
collègues, et nous avons ainsi pu donner la position correcte aux documents
relatifs, grâce aussi à ses conseils.
Nous avons dédié la première partie des archives aux documents personnels et
familiaux dAnne: Hélène est venue deux fois à Turin pour parler avec nous et
voir comment nous travaillions. À ces occasions, elle a également été très
généreuse en racontant des événements personnels, voire intimes, de lhistoire
de sa famille qui ont également été utiles pour organiser les documents
personnels de sa mère. Nous lui avons également demandé de réfléchir à ce
qui devrait être retiré de la consultation en ce qui concerne la vie privée, car
certains documents sont particulièrement confidentiels.

Suivent après les fiches relatives à la carrière d’Anne et les fiches de toutes ses
activités, y compris son courrier professionnel. Jai essayé dorganiser cette
série basée sur les différentes sphères dactivité dAnne.
Il a été très compliqué d’organiser la partie des archives professionnelles
également à cause de la présence évidente de copies du même document ou
du même article : Anne, comme Hélène nous l’a expliqué, faisait plusieurs
copies des mêmes documents, des e-mails, etcetera, pour les avoir à portée de
main dans tous les lieux de travail (Paris, Nice, Argentière). Nous avons décidé
de les garder pour mettre en évidence la méthode de travail dAnne.
Une section distincte est consacrée au matériel bibliographique : de nombreux
extraits de magazines, brouillons de rédaction, chapitres extraits de livres,
revues, coupures de journaux et magazines. Dans les cas où cela a été
possible, nous les avons inclus dans les fiches pertinentes par sujet. Pour les
autres, une section bibliographique a été créée en annexe du catalogage.
Je voudrais tout de même mentionner la section photographique, qui couvre
les années 1930 au début des années 2000. De la même façon qu’avec le
courrier, on rencontre ici un mélange de sphères publique et privée: avec des
images de conférences, de congrès et de thérapie de groupe, il y a des
photographies dAnne avec sa famille et ses amis. Du point de vue
archivistique, en raison de lhomogénéité de la méthode, il a été décidé de
séparer, dans la mesure du possible, les images professionnelles des images
privées. Subjectivement, il a été très intéressant d’examiner ces documents
avec Hélène qui, grâce aux explications fournies, nous a données les
informations utiles pour la description des sujets, car la plupart des
photographies ne portent pas d’indication sur la date, le lieu et le nom des
gens qui y apparaissent.
Le travail nest pas encore terminé: nous devons encore corriger le
regroupement virtuel des sujets traités dans de nombreux fichiers en
comparant les databases que nous avons constituées pendant différentes
périodes, en réorganisant physiquement les documents qui devront être
numérotés à nouveau et insérés dans les dossiers finaux., dresser l’inventaire
final complet pour faciliter la consultation à des fins d’étude et de recherche.
Nous espérons sincèrement que cela pourra se produire dans les meilleurs
délais afin de mettre au service du public des archives scientifiques de grand intérêt.
Cependant, je peux anticiper que pour l’instant, l’inventaire temporaire
dépassera 300 pages.
Cependant, comme beaucoup d’entre vous le savent déjà, les archives ont déjà
révélé leur potentiel en tant qu’outil d’étude et de recherche : grâce aux
références réputées des documents et à la détermination de Maria Cristina
Sidoni, Hélène Schützenberger a demandé aux archives de la télévision
française un film considéré comme perdu: le film dans lequel JL Moreno et
Anne Ancelin Schützenberger dirigent une introduction au psychodrame pour
les acteurs de la télévision française, tournée en 1956 et réalisée par Roberto
Rossellini. Le film, restauré par les Archives nationales du cinéma dentreprise
dIvrea, a récemment été présenté à la Cinémathèque de Paris lors du festival
FESTIVAL TOUTE LA MÉMOIRE DU MONDE 2018 et à Turin, dans la section
documentaire hors compétition du 36eme TorinoFilmFestival.

Et nous, archivistes, sommes à juste titre fiers d’avoir contribué à le retrouver.
Je vous remercie tous pour votre attention.


Cristina DINI

Cristina DINI travaille à Arezzo, en Italie. Elle a étudié la Psychologie
comparée et la thérapie de groupe, Elle a connue la Psichogénéalogie
pendant l’année 2009 et sosa façon d’être thérapeute a beaucoup. Sa vie
se développe par la recherche de la beauté de l’âme et de l’art.
“La psicogenealogia è un’arte e una scienza”, southien Anne Ancelin
Schützenberger (“Psicogenealogia” – Di Renzo Editore)
C’est vrai. J’ai cherché une science et j’ai trouvé un Art. Je souhaite faire
hommage de ces mots à son idéatrice, avec beaucoup de gratitude.
PSYCHOGENEALOGIE
Psychogénéalogie a changé
ma vie.
Dans un bout j’ai trouvé
un sourire.
Sous un poids j’ai vu
une fleur,
ses racines étaient pleines
de douleur.
Les ancêtres renouvellent
alors un sens,
au destin nous donnons
l’essence.
Psychogénéalogie est un art
et une science,
de l’amour on retrouve
la puissance.


Kate Bradshaw

Kate Bradshaw Tauvon TEP. Former IAGP President
Eva Fahlström-Borg Psychodrama Trainer. IAGP Board Director
Lars Tauvon TEP Former IAGP Forum Editor

Chère Hélène,
Certains d’entre nous, de Suède, ne pourront pas assister, à Paris, à
l’hommage à votre mère de vendredi.
En l’honneur d’Anne Ancelin Schützenberger, pour ses contributions
essentielles à l’humanité, Eva Fahlström-Borg, Lars Tauvon et moi-même
Kate Bradshaw, avons décidé d’organiser un moment de commémoration
de sa vie et son travail, pour le centenaire de sa naissance.
Comme vous le savez, Eva. a organisé pendant de nombreuses années les
venues d’Anne en Suède pour la formation des étudiants.
Quand Anne venait pour ces sessions, au début, elle résidait au Grand
Hôtel de Stockholm et c’est pourquoi nous avons décidé de nous y
retrouver pour partager notre souvenir à 12 heures le 29 mars 2019. Ses
amis, collègues et étudiants sont les bienvenus.
Quand Anne a assisté à la réunion du comité de l’IAGP de Stockholm en
2001, elle a fait un discours spontané au cours duquel elle a présenté son
collier en expliquant aux membres du comité le sens du symbole en
psychodrame, représentant la rencontre/le lien fondamental(e), par
les quels on peut inverser les rôles avec les autres pour se voir à travers
la vision que les autres ont de vous, ce qui permet d’autres visions de soi-
même. Le collier d’Anne était porteur du symbole de la rencontre
fondamentale, dessiné par Zerka Moreno et réalisé par le bijoutier d’Anne
à Paris. Comme nous le savons, Moreno considérait ce lien fondamental
comme la voie pour construire la paix dans les sociétés.
Dans une séquence que je n’oublierai jamais et qui a quasiment été mon
rite de passage, elle a levé ce collier pour le mettre autour de mon cou en
disant aux participants qu’à travers ce symbole, elle me confiait son
pouvoir. Le don qu’elle m’a fait de son pouvoir était le don pour
poursuivre le travail de Moreno à travers elle, Zerka et l’IAGP. Au moment
de l’élection du comité, elle m’a dit d’ignorer mes sentiments et d’être
candidate à la présidence ! Elle a été un formidable soutien pendant mes
années de secrétaire du comité au cours des quelles nous avons eu de
nombreuses conversations nocturnes car elle savait parfaitement ce que
c’était d’être secrétaire de l’IAGP. Plus tard, quand je suis devenue
présidente en 2015, elle a toujours été à mes côtés.
Maintenant, c’est Eva qui est au comité de l’IAGP.
Eva a amené Anne à poursuivre son programme de formation à Uppsala
où Lars était l’un des psychiatres seniors devenus ses étudiants dans les
années 80. Eva, 3 jours après mon déménagement en Suède en 89, m’a
invitée ainsi que le cinéaste Kay Pollak (« As it is in Heaven » = « Comme
au ciel ») à animer un séminaire avec Anne. Anne a ensuite habité avec
nous dans notre appartement de Stockholm et a rencontré ma famille. Ca
a été une grande joie de fêter ses 90 ans avec vous à Versailles.

Eva et moi poursuivons sa tradition de former les étudiants en psychologie
transgenerationnelle à travers la psychogénéalogie et les
genosociogrammes à l’université, dans les services de santé
communautaire.
Nous vous adressons l’affection et les sentiments que nous avons eu pour
elle, à vous sa famille, ses amis et collègues, à l’occasion de vos
retrouvailles à Paris.
Amicalement


Pirkko HURME

Pirkko HURME est psychologue clinicienne, spécialiste de l’enfant et de la
famille, et du travail de groupe. Directrice de Psychodrame, elle fait partie
des membres fondateurs de FEPTO.
Chère Anne,
Nous nous sommes rencontrées pour la première fois au séminaire
catholique de psychodrame en 1987 en Italie. Là, il y avait là une grande
partie des professeurs de psychodrame de renommée mondiale. Nous les
jeunes étudiants étions très excités et aussi quelque peu critiques, mais
globalement portés par la vue dun tel feu dartifice de savoir-faire,
connaissances et expériences.
Parfois la situation était chaotique en raison du trilinguisme, des passions
intellectuelles et autres mais dune certaine façon, tout sest bien passé et
les centaines de participants ont trouvé leur chemin vers le bon atelier
dans la bonne salle.

Chaque jour, les thèmes du séminaire étaient traités sous forme de
groupe de partage et jai eu la chance de terminer dans votre groupe. Là,
jai été très impressionnée par votre analyse des thèmes de la conférence,
les dynamiques du groupe et les techniques de psychodrame. Vous aviez
une façon formidable de toucher au cœur du problème en quelques mots.
Cela ma évoqué larcher qui tire rapidement et précisément au cœur de
cible, avec élégance et détermination. Votre clairvoyance faisait tout
apparaître comme facile, clair et compréhensible. Pendant cette
conférence, jai décidé de vous faire venir en Finlande pour nous former.

Plusieurs fois vous êtes venue en Finlande pour enseigner et êtes venue
chez moi au Danemark. Je vous ai suivie dans dautres pays pour en
apprendre plus encore pour lavenir.
Votre approche de psychanalyste et de thérapeute de groupe, votre
grande expérience clinique et votre intuition ont fait de vous une
professeur et une thérapeute unique au niveau international. Une de vos
forces est la connaissance de lHistoire. Personnellement, je vous considère comme le professeur qui ma été le plus important en psychothérapie.

Une fois, en Suède, dans votre groupe de formation, vous avez dit « je ne
mintéresse pas au jeu dacteur mais au vrai changement ». Lart et la
finesse dun thérapeute est comme une épée à double tranchant : quand
lun est capable daider des personnes dune façon exceptionnelle et
visible, autre peut rendre son travail comme une ode à lui-même et la
fonction daide nest plus lobjectif principal. Vous êtes pour moi lexemple
de la personne dévouée à aider les autres. Vous êtes toujours attentive à
ce que le psychothérapeute utilise ses savoir-faire et sa compréhension,
en permanence, et les teste, suive le développement scientifique de ses
compétences, utilise la supervision et enrichisse sa thérapie avec de
courtes séquences de quelques moments de sa vie, repère ses propres
imperfections et carences. Nous ne serons jamais complètement prêts
dans notre profession ni dans notre vie bien que nous puissions apprendre
à formuler de meilleures hypothèses.

Combien dentre nous étaient à Rome, au séminaire de lIAGP daoût
2009 ? Là, vous avez donné un exemple mémorable de votre capacité à
défendre les droits des protagonistes et la confidentialité de la thérapie.
Cétait un été chaud, il y avait beaucoup de monde et vous aviez 90 ans et
étiez en fauteuil roulant mais, néanmoins, vous avez sauté comme un
chat sauvage et confisqué la caméra dun jeune homme qui avait filmé le
protagoniste et vous-mêmes au début du psychodrame. Vous avez crié
très en colère : « Ici, vous navez pas le droit de filmer et maintenant
vous me donnez votre caméra je dois la confisquer !. Quand le
psychodrame sera terminé, vous pourrez la réclamer mais avant toute
chose, votre film sera détruit » après quoi, vous avez conduit un
formidable exemple de ce quest le psychodrame à son sommet. Ensuite
javais les yeux remplis de larmes et, dehors, Marcia et moi nous sommes
prises dans les bras, sautant et riant fort, « elle la fait, elle la fait ! ». Il y

avait une ambiance de rencontre sportive dans lair. Beaucoup despoir et
beaucoup damour pour la vie.

Ce que jai appris de vous est un présent qui a changé mon travail et ma
vie de façon significative.
Vous me manquez beaucoup et dans mes pensées comme dans mon
cœur, vous êtes toujours présente comme professeure, comme une amie.

Pirkko Hurme.


Benoit CHANTRE

Benoit CHANTRE écrivain, chercheur, représente ici les Editions Desclée De Brouwer qui ont édité « Vouloir Guérir » en 1985, et de Aïe mes Aïeux » » en 1993

Mesdames, Messieurs,
Je suis très touché de prendre la parole aujourd’hui, à l’occasion de cet
événement consacré à la mémoire d’Anne Ancelin-Schützenberger. J’ai été
très heureux de vous entendre, de connaître la communauté de
chercheurs et de praticiens suscitée depuis des années par cette
personnalité hors du commun, que nous avons eu l’honneur en effet de
publier aux Editions Desclée de Brouwer, en 1985 avec Vouloir guérir, et
en 1993 avec Aïe, mes aïeux ! C’est donc à ce titre seulement que je
prends la parole ce soir, en vous remerciant tout particulièrement, chère
Hélène, de me l’avoir donnée.
L’histoire d’Anne Ancelin-Schützenberger avec les éditions Desclée de
Brouwer remonte à sa collaboration, en tant que directrice de collection,
avec les Editions de l’Epi (chez qui elle avait publié, en 1970, un Manuel
de TGroupe et, en 1971, un Vocabulaire des techniques de groupe), dont
le catalogue fut racheté par DDB en 1982. C’est à l’instigation d’Anne
Valentin, puis avec le précieux concours de notre amie la regrettée Fraga
Tomasi qu’elle put réaliser ce best-seller qui la consacra, elle et son
travail, en 1993.
La maison DDB n’était donc plus la même après cet événement, qui venait
couronner un travail de fond au service des publications de psychologie
(Henri Ey et Jacques Lacan, mais aussi Didier Dumas furent des auteurs
de la maison), et ouvrait d’autre possibles pour ses éditeurs. C’est dans le
sillage de ce succès que j’arrivai personnellement chez DDB en 1998, avec
entre autres pour mission de convaincre Anne Ancelin de nous donner un
autre livre…
Or il se trouve que mes propres recherches m’avaient souvent emmené du
côté de Freud, de Dolto, de Bateson ou de Moreno, mais aussi amené à
m’intéresser à la présence française aux Etats-Unis dans l’après-guerre. Je
rêvais donc de convaincre Anne Ancelin, outre de nous donner une suite à
Aïe, mes aïeux !, de nous confier, sous une forme ou sous une autre, un
livre autobiographique, où elle nous parlerait de son propre parcours, des
grandes figures de la psychologie qui l’avaient influencée et avec qui elle
avait travaillé.
J’attendais donc impatiemment, pour faire sa connaissance, son passage
dans nos locaux de la rue des Saints-Pères, où elle passait régulièrement,
me dit-on à mon arrivée, à l’occasion des rééditions de son livre. Mais il
me fallut attendre plus longtemps que je ne l’avais pensé. D’Anne Ancelin
je connus donc d’abord des fax interminables qui nous arrivaient régulièrement, écrits dans tous les sens, pour nous demander à chaque
fois d’ajouter telle ou telle précision à tel ou tel chapitre.
Mon ami Yves Raffner, qui dirigea longtemps le service de fabrication de la
maison et, à ce titre, était le destinataire de ces dizaines de fax, évoquait
dans un courrier récent ce « magma calligraphique qu’il fallait tenter
d’apprivoiser », avant de conclure, non sans un humour empreint d’une
réelle affection : « autant essayer d’éteindre de la lave en fusion avec un
arrosoir ». Je le laissai donc faire ce travail et, conscient que Aïe, mes
aïeux !, loin de rendre possible un autre livre, était une œuvre en
perpétuel devenir, je me concentrai sur le projet d’un livre d’entretiens
autobiographiques, pour lequel Fraga Tomasi me donnai régulièrement de
précieux conseils.
Je pus enfin faire la connaissance d’Anne Ancelin, qui finit par venir chez
nous, rue des Saints-Pères, apporter à Yves Raffner un nouveau jeu
d’épreuves corrigées. Son arrivée m’était annoncée depuis le matin, un
peu comme celle de la reine d’Angleterre. Elle arriva l’après-midi, fut
charmante et se montra très ouverte à ma proposition, tout en me
disant : « Mais pas tout de suite ! Je dois d’abord veiller à la prochaine
édition de mon livre. » Je pris donc mon mal en patience. J’attendis qu’elle
revînt l’année suivante et lui réitérai ma demande. Elle se montra tout
aussi charmante que la première fois, et me répondit : « Mais pas tout de
suite ! Je dois d’abord veiller à la prochaine édition de mon livre. »
Je compris donc, non seulement qu’il ne me fallait pas insister, mais
qu’elle ne souhaitait pas, pour les raisons qui étaient les siennes,
s’attarder sur sa propre vie et sur son propre parcours, pour s’intéresser
davantage à ceux des autres. Il se trouve que ce parcours est
passionnant, vous l’avez à nouveau prouvé, et que cette grande dame a
imprimé une marque durable sur des chercheurs et des praticiens de
nombreuses générations, vous venez d’en témoigner.
J’ai donc compris ce soir pourquoi Anne Ancelin avait à chaque fois
gentiment différé, mais jamais renoncé à ce projet nécessaire. Elle savait
qu’il permettrait de mieux la connaître et de mieux connaître ceux qui
l’ont connue, de mieux comprendre sa pensée et sa pratique du
psychodrame. Les photos qui ont été projetées, les témoignages des
archivistes qui ont fait un travail extraordinaire, les témoignages que vous
nous avez donnés, parlent d’eux-mêmes : cette biographie tant espérée,
nous avons commencé à l’écrire ensemble.
Benoît Chantre
29 mars 2019


René MARINEAU

René MARINEAU est Professeur de Psychologie à l’université du Québec
à Trois Rivière. Il est Psychodramatiste et il est l’auteur de « J.L. Moreno
et la troisième révolution psychiatrique » paru chez Métailié.
Il écrit …
Ma chère Anne,
Tu me permettras de m’adresser directement à toi, et que je le fasse
comme cela, tout simplement.
Notre amitié a débuté en 1973 à New York, et ne s’est jamais démentie.
Quarante-cinq années de rencontres sur diverses scènes du monde et
dans différents contextes. Tu as toujours été pour moi, dans l’espace
public, la grande dame française représentant Moreno et le psychodrame,
puis secondairement la chercheure et la psychothérapeute un peu touche-
à-tout. Ton sens de l’à-propos t’amène à développer des méthodes et des
techniques liées au non-verbal, à l’intervention auprès des personnes
atteintes de cancer ou l’exploration de la psycho-généalogie.
Paradoxalement, bien qu’étant moi-même, comme toi, professeur
d’université, formateur et psychosociologue clinicien, nous avons peu
parlé de nos carrières, encore moins de nos réussites.
Il y a toujours eu entre nous à la fois un respect profond et une certaine
pudeur à trop mettre en évidence nos accomplissements. J’ai saisi très
vite ce besoin de légitimité et d’identité qui a caractérisé toute ta carrière
et influencé tes relations tant personnelles que professionnelles : ton
besoin de côtoyer les Grands comme Moreno ou Rogers, et de faire partie
de leur famille ; ton besoin de te donner tout entière avec l’espoir de
recevoir en retour ; ton désir de disséminer les enseignements et
pratiques qui permettent à des centaines de personnes de vivre au mieux
leur quotidien, sachant la part que tu as prise dans leur cheminement.
Ton besoin d’être reconnue, je pense ici à la femme publique oeuvrant
dans la cour des Moreno, Freud, Lewin, Rogers et combien d’autres, a
toujours été secondaire pour moi. Et je dois dire que cette lutte incessante
pour être vue, m’a souvent fait sourire, parfois attristé.
C’est bien ce besoin d’être, d’être à soi avant d’être au monde, qui a défini
notre amitié. De par nos différences familiales, toi la femme redevenue
fille unique après le décès de ta sœur Nina alors que moi je grandis
comme benjamin dans une fratrie de 13 enfants. De par la différence de
nos vécus en rapport avec nos parents, le trauma innommable que tu vis
en lien avec un père disparaissant à cause de ses racines et ses valeurs
alors que je peux jouir de la présence de mes deux parents jusqu’à un âge
avancé. De par nos généalogies, la tienne torturée et complexe, enrobée
dans de multiple secrets, la mienne simple et transparente, joyeuse et
paysanne.

En 1973, c’est la rencontre de deux «cousins», comme tu aimes le dire. Je
viens de vivre quatre années en France pour compléter mon doctorat avec
Mme Favez-Boutonier comme directrice de thèse, qui dirigera plus tard tes
propres recherches.
Mais ce séjour pour moi «dans la mère-patrie» me permet de retrouver
mes racines lointaines tellement significatives dans ma quête pour
assumer ma propre généalogie. En toi, je rencontre une «cousine» qui
ose, fonce, s’exprime, voyage. Qui vit beaucoup le moment présent. Qui
est active, tout comme moi, dans le mouvement humaniste et le
psychodrame. Mais une femme aussi se définissant à travers les attentes
des autres pour elle, surtout celles de Moreno. Derrière une certaine
docilité pour ces hommes qui définissent ta vie, je perçois la femme
torturée et en recherche d’identité, moi ne sachant rien alors des sévices
subis par tes ancêtres, surtout par ton père.
Je dirais que 90% du temps passée ensemble l’a été dans la cuisine de
ton appartement, Avenue Paul Appell. Et je dirais que la quasi-totalité du
temps qui s’étend sur 45 ans a été une véritable co-psychanalyse en lien
avec tes racines, ta légitimité et ton identité. Il y a tant de choses que je
ne comprends pas quand je te questionne sur ta vie, ta famille, tes
ancêtres, que je repars toujours de nos rencontres avec de nouvelles
interrogations. Soyons clair. Je ne suis pas intrusif. Je réponds en fait à
une demande que tu sembles me faire, sans jamais le dire ouvertement.
Je pense que tu souhaites qu’à travers notre amitié, tu puisses te libérer
de poids et de secrets énormes, encore innommables, en toute
transparence. Pour toi qui, devant tes groupes et patients, parle de
l’importance d’affronter les secrets, tu demeures muette face à certaines
questions. Quand je suis insatisfait d’une de tes réponses, tu me dis :
«René, ne désespère pas. Poses-moi encore des questions.» Donc, non
seulement tu tolères mes questions personnelles et intimes, mais tu les
sollicites en quelque sorte. Tu me fais parler de ma famille et de mes
racines pour mieux créer une ouverture pour que je puisse t’amener à
parler des tiennes. Ces heures de véritables «rencontres» dureront
quarante-cinq ans.
Que de conversations autour de tes racines que tu mets à nues
lentement : mes questions quant à ton besoin de préserver ton lien à ton
ex-mari, Marco Schützenberger et à ne jamais abandonner le nom de
famille de celui-ci en dépit d’un divorce prononcé il y a plus de cinquante
ans, et ce, en total contraste avec mes propres valeurs ; ton attachement
à Moreno à qui tu donnes tellement de pouvoir sur ta vie et tes décisions,
avec en opposition mon lien plus professionnel avec celui-ci en tant que
biographe.
Puis graduellement des questions plus intimes sur tes ancêtres, ta famille
d’origine, ton parcours jusqu’à Paris. Puis plus spécifiquement autour du
destin de ton père, Simon. Je perçois depuis toujours qu’il y a des secrets
profondément enfouis et que j’espère pouvoir lever un jour pour libérer

totalement une énergie hors de l’ordinaire et une amertume souvent
palpable dans tes relations avec certaines personnes. Non par intrusion,
ai-je déjà mentionné, mais par souci d’une relation égalitaire et
réciproque. Je me comporte ainsi afin de répondre, je crois, à une
demande implicite que tu ne cesses de me formuler. Je parle facilement
de moi, de ma famille, de mes ancêtres, de mes relations amoureuses ou
professionnelles. Je dirais que c’est une différence culturelle, les québécois
étant spontanément ouverts et accessibles. Tu t’étonnes parfois de ma
transparence, et cela aussi ajoute au besoin de continuer le travail
d’exploration mutuelle. Combien de fois tu me dis : « Je n’aurais jamais
pensé dire cela un jour», en faisant référence à tes origines. Je me sens
un peu comme un alter-ego qui voudrait clamer haut et fort cette vérité
que tu me confies et que tu n’oses pas encore exprimer toi-même. Dans
cette recherche qui t’amène graduellement à dire tes origines profondes, à
partager tes peurs, tes refus, tes traumatismes, se développe
graduellement une complicité avec ta fille Hélène qui souhaite tellement
non seulement connaître ta vérité, mais être témoin du jour où tu
pourras l’assumer pleinement.
Être juive pour toi n’a pas été évident. Et ce, bien avant la mort atroce de
ton père. Depuis toujours, il me semble que tu es en lutte constante avec
ton identité profonde, n’ayant pas pu intégrer tes racines dans la fierté et
la dignité. Adolescente déjà, tu souffres de tes origines, souhaitant n’être
qu’une jeune française ordinaire, pouvant fréquenter des amis sans le
stigma d’origines qui te font déjà mal et qui sont l’objet de propos
antisémites. Mais s’ajoute à cela le drame de la déportation et la mort de
ton père dans des conditions que l’on n ‘oserait même pas réserver à du
bétail. Je comprends ta douleur profonde et la haine intense envers
l’ennemi, surtout le parlant allemand. Tu portes en toi des préjugés bien
légitimes que tu comptes ne jamais explorer ni modifier, et qui pourtant
nourriront a contrario les dernières étapes de ta vie professionnelles. En
effet, ton volume « Aie, mes aïeux » demeure l’aveu le plus percutant de
l’importance que tu accordes à la guérison de nos traumas
intergénérationnels. Ce volume ainsi que toutes les interventions
professionnelles qui s’ensuivent marquent une étape décisive dans ta vie.
Sache, ma chère Anne, que le plus beau moment de notre relation, et ici
ta fille Hélène en fut le témoin et la co-responsable, a pris place un après-
midi dans la cuisine, avenue Paul Appell. Tu as alors plus de 95 ans et nos
conversations se déroulent depuis plus de 40 ans. Nous discutons de la
possibilité que tes archives prennent la route de l’Autriche, à Bad Vöslau.
Tu t’y opposes, disant clairement que tes travaux et volumes ne seront
jamais exposés au pays des bourreaux de ton père. Je suggère alors que
si tu choisissais, à cause de la possibilité d’un musée Moreno à Vienne, d’y
laisser transporter tes œuvres et écrits, tu pourrais le faire en t’assurant
que les lecteurs ou les chercheurs puissent d’abord prendre connaissance
du message suivant : «Il est important que les personnes qui utiliseront
mes écrits sachent que mon père est mort en déportation, aux mains des

allemands, en route vers les camps de la mort». Cette suggestion te plait.
Tu y vois un certain retour des choses ; mais nous en convenons, ceci
demeurerait loin des atrocités de l’Holocauste et ne les excuserait
d’aucune manière. Toutefois il y a enfin un signe tangible d’ouverture sur
tes souffrances et celles des tiens. Nous en avons longuement discuté
avec Hélène et avons tous les deux vécus ce moment comme un moment
de grâce, comme un passage dans l’expression directe d’un secret
familial.
Ce jour, quelques années avant ta mort, est à entourer dans ma vie en
lettres d’or. Tes secrets les plus profonds et durables pouvaient enfin être
partagés non seulement avec tes proches, tes collègues et clients, mais
avec tous celles et ceux qui visiteraient tes archives. Il importe peu, alors,
que ce projet d’archives à Bad Vöslau n’ait pu se matérialiser. L’essentiel
est la réconciliation entre toutes ces forces internes qui durant des années
t’ont empêché de vivre pleinement ta vie. Ce jour, où très clairement en
compagnie et en collaboration avec ta fille Hélène tu ouvres ton cœur à
transcender ton immense douleur est aussi le moment où pour moi tu
affirmes enfin ta légitimité et ton identité pleinement assumée.
Merci ! Ces années de discussions entre nous me permettent de donner le
plein sens à notre amitié, soit celui d’un partage de ce que nous avons de
plus beau, notre intimité. Mais aussi d’assumer pleinement toute ta vie
professionnelle. Je sais maintenant, que si tu avais vécu quelques années
de plus et en pleine conscience, tu aurais pu t’asseoir à côté de cette
jeune allemande rencontrée lors d’un atelier animée par Manuela à Rome.
Cette jeune femme profondément triste et repentante pour son peuple
allemand aurait pu inonder de larmes cette femme française et juive enfin
totalement ouverte et disponible.
En cet après-midi ensoleillé, dans cette petite cuisine qui a reçu tant de
confidences, le moment et le miracle de la réconciliation tant intra
psychique qu’interpersonnelle est arrivé. Tu as enfin pleinement reconnu
ta légitimité et ton identité profonde. En cet après-midi, tu es pleinement
pour moi et pour nous tous Anne Ancelin Schützenberger, née Anne
Eynock.
Et je terminerai par ce beau texte que tu m’as fait découvrir en me
remettant ton volume Le livre de Lézard, livre qui est une sorte de Bible
pour les jeunes éclaireuses dont tu as fait partie durant ton adolescence.
Être vraie
Être vraie,
Transparente comme l’eau du lac un jour de ciel bleu.
Être forte,
Forte comme la roche que nul casseur de pierres ne peut briser.
Être droite,
Droite comme le peuplier qui se dresse dans un champ.

Et simple,
Simple comme l’alouette qui n’a qu’un chant qu’elle porte au ciel
dans un élan de joie.