Promouvoir et diffuser le Psychodrame

"ALORS ON JOUE !"

Heritage

J.L. MORENO (1889-1974)

J.L. MORENO - Source WIKIPEDIA

J.L. MORENO – Source WIKIPEDIA

Médecin psychiatre, sociologue et amateur de théâtre, JL Moreno découvre dès 1910, à Vienne, Autriche, les effets thérapeutiques du jeu dramatique sous la forme de théâtre d’improvisation. En 1925, il part aux États-Unis où il développera et affinera, avec son épouse Zerka, la méthode du psychodrame et de la thérapie de groupe. Qu’il enseignera par la suite à travers le monde tout au long de sa vie.

Pour Moreno, les mots ne suffisent pas pour expliciter toutes les subtilités de la psyché humaine. Moreno fonde son approche sur la mise en mouvement corporel et le jeu partagé avec d’autres individus, puis la mise en mots.

Il crée à Beacon, près de New York, une clinique psychiatrique appliquant sa méthode. Beacon deviendra rapidement un lieu de formation au psychodrame. A partir des années 30, le psychodrame se diffuse en Amérique du Sud, en Australie et en Asie (www.iagp.com), ainsi qu’en Europe (www.fepto.com).

Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER (1919-2018)

Anne Ancelin Schützenberger- Source WIKIPEDIA

Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER – Source WIKIPEDIA

Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER, formée à Beacon par JL Moreno, pratique et a enseigné le psychodrame en France depuis 1950.
Professeur de psychologie, elle organise en 1964 le premier « Congrès International de Psychodrame » à Paris. Par son action la méthode du psychodrame se développe en psychothérapie, dans les institutions hospitalières et organisations. Elle est fondatrice de la Psychogenealogie, qu’elle utilise avec le psychodrame.

Jusqu’en 2010, Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER continue l’enseignement et le perfectionnement au psychodrame. A partir de cette date, Colette ESMENJAUD GLASMAN, psychologue et formatrice, reprend son enseignement à Paris et à Grenoble.

En 1989, Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER avait créé l’Ecole Française de Psychodrame. Celle-ci, devenue association loi 1901 ; définit des standards de formation, la certification de psychodramatistes et de formateurs au psychodrame.

Le musée Moreno accueille les archives d’Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER : sa bibliothèque de travail (950 livres environ), sa correspondance, ses photos et films.

Les applications du psychodrame

Retrouver son passé et préparer son futur

Les scènes jouées en psychodrame permettent de revivre des situations passées, ou d’explorer des problématiques actuelles. On y retrouve ou découvre des émotions oubliées voire inconnues. La personne voyage dans son histoire. Elle prend le temps de la regarder et de ressentir ce qu’elle vit ou a vécu. Elle peut aussi faire l’expérience d’autres fins. Celles dont elle a peut-être rêvé. Elle ressent alors d’autres émotions. Le psychodrame peut aussi projeter la personne vers son futur pour l’aider à comprendre ce qu’il s’y joue.

 

Dépasser un traumatisme :

Le psychodrame permet d’accompagner le protagoniste dans l’exploration de la période précédant le trauma jusqu’à l’endroit où la scène peut être évoquée par le patient lui-même.

En outre, l’exploration par le psychodrame de la période succédant au trauma, va permettre au patient de s’engager symboliquement dans ce retour à la vie qui succède à la période initiale de sidération.

La contenance et la sécurité qu’assure le cadre de travail vont engager le protagoniste dans des réaménagements du traumatisme.

 

La thérapie de groupe

Le groupe est composé de patients qui viennent travailler sur des problématiques personnelles. Le psychodrame va permettre de faire naître un groupe en utilisant chacun comme une ressource pour les autres. Par exemple, un patient demande à d’autres (les ego-auxiliaires) de venir jouer sa situation, avec lui, sur scène. Ils interprètent ses « objets internes », c’est-à-dire les images, émotions, personnes, événements, désirs, souvenirs, etc. qu’il a en lui. Une fois la scène jouée, le groupe est aussi une ressource dans les retentissements personnels que chacun exprime (les échos personnels.) Le groupe fonctionne comme une caisse de résonnance, un amplificateur émotionnel, et une chaine d’associations. Que l’on soit protagoniste, ego-auxiliaire, ou spectateur, un travail intérieur se fait par la mobilisation émotionnelle.

 

La thérapie individuelle

Dans le cadre d’une thérapie personnelle, le patient peut « sortir » du temps de la parole, pour passer au temps de l’action. Il peut « jouer » ce qu’il se passe en lui, et ainsi mettre à l’extérieur, ce qui le constitue et prendre de la distance. Le psychodrame favorise des prises de conscience par l’action et le mouvement. Cette exploration différente est ensuite commentée avec le thérapeute.

Les champs d'intervention du psychodrame

La psychogénéalogie

Pour explorer l’histoire personnelle d’un patient sur plusieurs générations, le psychodrame offre de nombreuses possibilités. Certains événements peuvent être reconstitués, et des rencontres imaginaires avec les ancêtres représentées. Là encore, le corps s’exprime et les émotions se font entendre.

La thérapie de couples

Pour sortir des tensions, des conflits et des incompréhensions, les techniques du psychodrame sont très efficaces. Elles favorisent la compréhension du partenaire, et de ses émotions. Les couples ne peuvent pas installer, avec le thérapeute, leur façon habituelle d’être ensemble et de communiquer. Ils sont contraints à être créatifs.

Le décodage des rêves

Le rêve met en scène des personnages, des sensations, des sons, des ambiances, et des images qui semblent parfois loufoques, inquiétantes et incompréhensibles. Le psychodrame en permet une exploration, un accès au sens. Les différents éléments sont compris dans leur dynamique et dans les messages qu’ils envoient au rêveur. 

La cohésion d’équipe 

Pour mettre à jour les représentations d’une équipe, matérialiser les tensions, ou construire un projet commun, le jeu psychodramatique constitue un point d’appui. Chaque membre peut montrer son univers intérieur et le transmettre à ses partenaires.

La supervision

Les professionnels de la relation peuvent utiliser le psychodrame pour analyser leurs pratiques, et la relation qu’ils entretiennent avec leur activité professionnelle. Les situations jouées s’inspirent de scènes quotidiennes, et/ou inhabituelles rencontrées par les participants. Elles permettent de prendre de la distance et de bénéficier du retour d’expérience des autres membres du groupe. 

Le changement de rôle favorise la prise en compte de l’autre, en se mettant à sa place, et augmente l’empathie.

La formation

Le psychodrame peut devenir une technique pédagogique, qui s’apparente au jeu de rôle. Toutefois, il permet un travail plus introspectif grâce au changement de rôle. Le psychodrame n’est pas réservé au seul secteur social. Par exemple, il peut être utilisé pour développer les compétences dans des situations de relation avec des clients, entre managers et collaborateurs, ou pour aider des demandeurs d’emplois à se préparer à passer des entretiens de recrutement. Ce ne sont que des exemples limités. Le psychodrame offre un large éventail de situations de formation.

 

Ses principales techniques :

 

LE JEU PSYCHODRAMATIQUE

En séance, un membre du groupe souhaite travailler une problématique personnelle. Il l’évoque en quelques mots, puis vient sur scène pour la représenter. Une fois sur scène, il devient le « protagoniste, » c’est-à-dire le pivot central de la narration, le metteur en scène. Pour jouer la situation comme il la voit, le « protagoniste » invite d’autres personnes à le rejoindre sur scène dans des rôles complémentaires, les « ego-auxiliaires. Ils vont alors interpréter la scène sur les indications précises du « protagoniste » : ce qu’il a vécu, ce dont il se souvient. Le jeu est la mise en scène dynamique de la problématique du « protagoniste. »

 

LE CHANGEMENT DE RÔLE  

C’est la technique fondamentale du psychodrame. Le « protagoniste » fait appel à des membres du groupe pour qu’ils représentent et jouent des éléments de sa scène. Chaque élément interprété est un « rôle. » Selon la situation, ces « rôles » sont des personnes, des objets, des impressions, et/ou des sentiments. Par exemple, un protagoniste montre une situation d’école qu’il a vécue. Il se souvient de l’institutrice, de son cartable d’enfant, d’une mauvaise note, et de sa timidité maladive. Pour que la scène soit la plus juste possible, le « protagoniste » va donner des indications de jeu en changeant de « rôle. » Il sera, tour à tour, l’institutrice, puis le cartable, la mauvaise note et la timidité. Le changement permet au « protagoniste » de donner des indications mais aussi d’éprouver les émotions de chaque élément, de décentrer sa représentation de la scène et de trouver de nouvelles solutions.

LE DOUBLE

Dans un jeu, le « protagoniste » vit des émotions intenses (colère, peur, tristesse, etc.) mais ne parvient pas à les reconnaitre, ni à mettre des mots sur ses sensations. Un membre du groupe vient sur scène, se met à côté du « protagoniste » pour amplifier son ressenti et l’exprimer par des mots. Il révèle à voix haute ce que ressent le « protagoniste » et lui fait valider.

LE MIROIR

Le « protagoniste » a le rôle principal dans le jeu. Il est pris dans les interactions avec les « ego-auxiliaires. » Il est engagé et emporté par le jeu. Il a besoin de prendre du recul sur la situation, pour la regarder de l’extérieur. Il fait entrer un nouvel « ego-auxiliaire » qui prend sa place. Le « protagoniste » regarde sa scène comme un spectateur.